Annonce : Email

Bonjour, bonsoir,

J’ai désactivé les commentaires des articles depuis quelques mois déjà et je suis très heureux comme cela. Toutefois, cela empêche la communication avec des personnes qui souhaiteraient éventuellement m’entretenir du projet de ce blog. J’ai donc décidé de créer une adresse  e-mail publique :

mailpublic

Je souligne ici qu’il s’agit bien d’une adresse mail et pas d’un espace commentaire. Ainsi vous aurez de plus grandes chances que votre message soit lu (et que je vous réponde le cas échéant) si vous commencez par quelque chose dans ce genre :
Bonjour monsieur Herrmann,
Je vous écris à propos de… et cetera.

Merci de votre attention 🙂

PS : le prochain article portera encore sur la prise de distance par rapport au background officiel. Il arrivera, eh bien, je ne sais pas encore, je n’ai pas trop le temps de m’en occuper pour l’instant, mais il arrivera.

À plus tard.

Prise de distance par rapport l’univers original.

Bonjour, bonsoir.

Pour cet article pas d’histoire, mais quelques explications sur les éléments que j’ai modifiés ou inventés pour mes nouvelles tirées de Pepper et Carrot. Ici tout ce qui touche plus ou moins à la magie.

La Réa.
L ‘explication officielle (en anglais) du wiki ne me semble pas très claire. D’un côté la Réa semble être une sorte d’essence de réalité qui se trouve dans l’environnement et que l’on peut canaliser. De l’autre elle peut être considérée comme le résultat des actions d’une tâche. Et par le truchement de cette considération, il ne faut pas la considérer comme du mana. Mais la Réa est aussi quelque chose qui doit se régénérer par la méditation ou la concentration. Un peu comme le mana en fait.
Donc bref, moi je n’ai pas bien compris. Mais ce n’est pas très grave, les systèmes de magie sont toujours compliqués à créer sans contradiction. Et encore plus difficile à expliquer de façon claire.

Voici donc ma propre interprétation de la Réa qui sert dans les nouvelles et qui permet aussi de faire le lien avec les différentes écoles de magie.
Juste avant de commencer je précise que j’ai tenté de conserver le côté « allégorie du processus créatif » qui m’a semblé au cœur du système de magie et de fonctionnement de l’univers imaginé par David Revoy (je rappelle à ce titre que « Chaos et Évolution » est le titre d’un DVD tutoriel où il décrit l’une de ses méthodes de travail).

Commençons. Selon le wiki officiel, si j’ai bien compris, le monde d’Héréva a émergé du Chaos et s’est construit par l’évolution de ce dernier. Dans ce contexte je considère que la Réa est une sorte d’essence de potentialité constitutive du Chaos. Ce n’est pas une réserve d’énergie comme le serait le mana et qui permettrait d’être utilisée pour créer un effet, mais la possibilité de l’effet lui-même en attente de modelage. (Bon, en pratique ça ne change pas grand-chose.)
Pour gagner en profondeur et en cohérence avec les écoles de magie je choisis de donner à la Réa différents états. Elle passe, comme la matière, par trois stades : solide, liquide et gazeux. Au commencement l’univers n’était que Réa liquide, aussi nommé le Chaos. La solidification de la Réa a permis de donner corps à la réalité. Attention, la solidification de la réalité ne doit pas être perçue comme la forme du résultat. Un sortilège qui créerait de l’eau solidifierait la réalité de cette eau, même si cette eau coule dans une rivière.
Le monde matériel est fait de Réa solide, mais molle. C’est cette ductilité qui permet à l’univers de vivre et d’évoluer. Lorsque la Réa se cristallise et durcit, c’est la mort. Seule la Réa molle est palpable par les êtres de chair et de sang. La réalité est donc en perpétuelle évolution de l’état liquide, le chaos, jusqu’à sa mort une fois figée dans une forme définitive. Définitive, mais pas éternelle, mais abordons d’abord l’état gazeux de la Réa.
Celui-ci se tient au niveau conceptuel, au niveau des idées, de l’esprit. La Réa gazeuse c’est l’idée de la réalité qui va définir les occurrences de cette idée. (Oui c’est très platonicien comme vision du monde.)
Revenons à la Réa cristalline. À la suite de la cristallisation intervient un phénomène de sublimation. C’est la transformation de ce qui est fini en ce qui pourrait advenir ensuite, les nouvelles idées qui émergent des travaux terminés. C’est la façon dont « ce qui a été » nourri « ce qui sera ». Pour finir, la Réa gazeuse se liquéfie par condensation. C’est dans cette condensation, ce mélange des concepts dans un chaos de possibilités, qu’émergera et se solidifiera une nouvelle réalité.

Les êtres vivants, et notamment les humains suivent le même ce même cycle de vie, de mort et de réincarnation. Ils ont cependant évolué jusqu’à pouvoir modifier localement la réalité ductile dans laquelle ils vivent. Ainsi sont nés les sorciers.
Dans les 6 types de magie qui existe en Héréva (voir Triangle impossible), la Réa fluide est liée à Chaosah (le chaos), la Réa gazeuse à Ah (l’esprit) et la Réa cristalline à Zombiah (la mort). Pour finir, trois domaines de la magie se partagent la Réa ductile : Magmah (le feu) Aquah(l’eau) et Hippiah (la vie).
D’un point de vue pratique, les sorciers et sorcières vont puiser la Réa autour d’eux sous une forme ou une autre.

  • La Réa gazeuse se trouvera dans leur concentration, leur intelligence et leurs sentiments.
  • La Réa liquide est dans l’intention, dans le projet, dans la potentialité de l’action.
  • La Réa ductile se trouve dans les ingrédients que nécessite le sort, la potion ou l’effet magique.
  • La Réa cristalline se trouve dans la mort, le sacrifice ou l’intemporalité.

Cette captation, ou canalisation, s’effectue par des méditations, des émotions, des gestes, des phrases, des rituels, ou encore des sacrifices, des inventions même parfois, suivant les effets recherchés.

Le triangle impossible :

Le triangle représente les liens entre les différentes magies du monde d’Hereva. Cependant, il a une autre fonction, bien moins connue des sorciers. Il permet de prédire l’affinité magique des sorciers en fonction des affinités de leurs ancêtres.

Ainsi les enfants auront l’affinité de leur parent ou l’une de celle avec qui elles sont les deux conectées. Des statistiques précises ont été effectuées par les écoles de magie sur les populations de sorciers.
Les enfants ont 90 % de chance de naître avec une affinité de l’un de leurs parents.
triangle_affinite_diff1triangle_affinite_diff2

100 % si les deux parents sont de la même affinité.
triangle_affinite_id

Les statistiques ont aussi révélé que les enfants n’ayant pas l’affinité de leurs parents avaient plus de mal à contrôler l’énergie magique que les autres. Par contre, ils sont capables d’en canaliser une quantité bien plus importante. Des études plus poussées ont montré que ce phénomène était encore plus marqué lorsque les parents eux-mêmes étaient dans le même cas. Le pinacle de cette curiosité est atteint lorsque sur les trois générations, le triangle d’affinité est complet. La puissance magique du sorcier de la dernière génération est alors exceptionnelle.
triangle_affinite_aquah_comp

C’est le cas de Pepper.
triangle_affinite_pepper

Les autres mondes

Inframundis (ou l’inframonde) :
C’est le monde du Chaos, tout y est mouvant et changeant. Là où vivent les démons invoqués par les sorcières de Chaosah. C’est en fait un monde fait de Réa pure et fluide. Le temps s’y écoule différemment que dans le monde matériel. Au moment de l’histoire, une heure dans Héréva équivaut à une minute dans l’inframomnde.

Tartaris :
C’est le monde des morts, tout y est immobile et figé. Comme l’inframonde il est fait de Réa pure, mais sous forme cristalline. Le temps ne s’y écoule en apparence pas, bien que les changements dans la réalité de ce lieu opèrent au niveau de la consistance du Réa (sublimation). Ce monde est tout de même accessible à ceux des autres mondes s’ils gardent une connexion avec le temps (venue du monde matériel ou des autres). Dès que ce lien est brisé, le temps s’arrête pour le voyageur et il sera transformé en esprit comme le reste des morts lorsque la Réa qui le compose sera devenue gazeuse. À moins qu’un autre voyageur ne vienne le sortir de là.

Spir :
C’est le monde des esprits ou rien n’existe vraiment. Formé de Réa gazeuse et évanescente. Le temps y passe en boucle plus ou moins longue, toujours semblable, mais jamais parfaitement identique. Monde accessible seulement par la pensée.

 

 

Licence Creative Commons
Cet article et ses les images de Johan Herrmann (sauf l’illustration « triangle impossible » de David Revoy) sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Fondé sur une œuvre à http://www.peppercarrot.com.

Fichiers 3D Personnages

Voici les fichiers 3D « .blend » des personnages présentés dans ce post.
4pers
Pour les récupérer il vous faudra télécharger le fichier 3dmodel_released.odt

Puis il sera nécessaire de modifier l’extension du fichier en changeant « .odt » pour « .zip ». Une fois cela fait il suffira de décompresser le fichier.

Cette procédure est un peu rébarbative mais le site wordpress.com ne permet pas d’uploader des .zip directement. Merci de votre compréhension.

 

 

Licence Creative Commons
Cet article, l’image et le fichier « 3dmodel_released.odt » de Johan Herrmann sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Fondé sur une œuvre à http://www.peppercarrot.com.

Une pensée, une fleur

Deux semaines, juste quelques jours
Pour des enfants débordant d’amour
Une éternité un infini
Souvenir qui ne jamais flétrit

Puis vint l’attente interminable
Plus de famille plus de parents
Solitude isolement instable
Des mois des années la fin des temps

Relique d’un passé si heureux
Réplique d’un tremblement joyeux
Pepper une pensée une fleur
Le soleil de mes jours de malheurs.

Zingiber

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« Une pensée, une fleur » de Johan Herrmann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Fondé sur une œuvre à http://www.peppercarrot.com.

Dilemme

Au sommet d’une petite colline, un cercle de pierres aussi vieux que le monde brillait sous la lumière des trois lunes. Le ciel était clair, la nuit douce, l’herbe moelleuse et accueillante. Le vent avait soufflé et chassé les nuages noirs comme on reconduit l’importun à l’huis.
Assis au centre des monolithes, un garçon drapé d’ombre patientait. Ses vêtements charbonneux le faisaient se confondre avec le décor. Une profonde capuche recouvrait sa tête autant qu’elle dissimulait ses traits. L’air absent, il caressait la verdure d’un geste machinal tout en grignotant quelques bâtonnets sucrés. Une faible stridulation se fit entendre.
– Hmm, qu’y a-t-il Mizuna ?
– Frtfrtfrt, répondit la mante religieuse.
– Non, ça va, ne t’inquiète pas, je n’ai pas trop mal. Je repense juste à cette fille…
– Frtfrt !
– Tu es jalouse ? Ahah ! Tu sais…
Il s’interrompit. Du coin de l’œil, l’adolescent avait remarqué une ombre dans ciel. La forme noire descendait tout en décrivant de grands cercles dans les airs, tel un vautour venant se repaître d’un mourant. Les robes et la cape qui flottaient au vent ressemblaient à d’inquiétantes ailes déployées par quelque créature venues des cauchemars.
Le garçon se leva. La sorcière atterrit. Sous son chapeau large et cabossé, le visage anguleux et sévère de la vieille femme paraissait capable de découper la nuit.
– Qui voilà donc dans le cercle de Chaosah ? Ne serait-ce pas notre petit métamorphe ?
– Oui Cayenne, c’est moi.
– C’est Dame Cayenne, pour toi ! Misérable insecte ! éructa-t-elle.
– Oui… Dame Cayenne.
– C’est mieux. Alors, si tu es là, je suppose que tu es entré en possession de l’objet que je t’avais demandé de me rapporter. Donne-le-moi.
Le garçon enfonça sa tête dans ses épaules.
– Je… non, je ne l’ai pas et…
– Quoi ! Tu me déranges uniquement pour me faire part de tes échecs ! Méprisable avorton, comment oses-tu ?
Le regard inquisiteur de la sorcière perçait les ténèbres d’une lueur rougeoyante. Bien que son visage restait camouflé, on pouvait lire la peur rien que dans la posture peu assurée du jeune homme.
– Parce que c’est fini, je n’y arriverai pas, trouva-t-il le courage de déclarer.
– Comment ça ? Explique-toi !
Après avoir bruyamment dégluti, il fit quelques pas en arrière avant d’ouvrir à nouveau la bouche.
– J’ai suivi la trace de la pierre de Lym jusqu’au Palais des Sources, mais alors que j’étais près du but, on m’avait déjà devancé. Heureusement, Mizuna réussit à percevoir les résidus de réa et j’ai remonté la piste. Mais ma chance c’est arrêté là, l’artefact est gardé par une puissante sorcière, elle a déversé sur moi les flots ardents de l’infra monde, si je ne m’étais pas enfui en fusionnant avec les racines de…
– Suffit ! Qui était cette sorcière ? Thym ? Cumin ? Qui ?
Le ton était sec comme un coup de trique et le timbre de la voix, au lieu de monter dans les aigus comme s’y était attendu le garçon, devenait de plus en plus grave et caverneux.
– Non, une autre… hésita-t-il.
– Impossible ! Seuls les adeptes du chaos expérimentés peuvent se targuer d’un tel prodige ! Même pour moi c’est difficile ! Cesse de me mentir, nabot !
Le son guttural de cette phonation d’outre-tombe n’avait plus rien d’humain. L’adolescent ferma ses paupières, crispant son nez et ses pommettes, ne pouvant affronter à la fois la peur de ses yeux et de ses oreilles. Cependant le courage ne lui manqua pas.
– Je vous jure que c’est la vérité ! clama-t-il. De plus elle était aidée d’une furie ! Un chat maléfique qui bougeait à la vitesse de l’éclair dans toutes les directions. J’avais un mal fou à esquiver ses attaques. Et malgré l’armure de chitine qui me protégeait grâce à ma fusion avec Mizuna, ses griffes entaillaient ma chair.
Les traits de la sorcière, déformés en un rictus démoniaque, se détendirent quelque peu. Elle fit même mine de réfléchir en grattant son menton carré.
– Hmm, oui, tu as l’air de bonne foi. Cela ressemble en effet à un familier habité par le Chaos. Ils sont redoutables lorsqu’ils s’énervent. Et même sans cela, ce sont de formidables pisteurs de réa. Il y a même de fortes chances pour que ce soit ce félin qui ait trouvé la pierre. Ta ridicule vermine grouillante ne fait pas le poids… Thym et cumin n’ont pas de chat, quant à la gamine insolente…
Sous sa capuche, le garçon leva un sourcil.
– … non impossible, elle ne serait pas capable de lancer un sortilège d’un tel niveau… Hmm, alors dis-moi microbe, où habite cette sorcière ?
– Je… je ne sais pas, mentit-il.
– Tu te moques moi, demi-portion ? Réponds !
– Non… Vous risquez de lui faire du mal.
– C’est à toi que je vais faire du mal ! Réponds !
– Je ne peux pas ! s’obstina-t-il.
L’intimidation ne semblait plus fonctionner sur le jeune freluquet. Quelle que fût la source de sa neuve bravoure, elle semblait plus forte que les menaces. Cayenne se devait d’employer d’autres méthodes, plus subtiles.
– Tien donc ! s’étonna-t-elle faussement. Tu es devenu bien téméraire tout à coup… Et pourquoi t’inquiètes-tu de sort de cette sorcière ?
Au fond de sa capuche, le garçon puisait dans des ressources insoupçonnées de courage, craignant à tout instant de dire un mot de trop. Il marchait sans filet sur le fils d’une conversation dangereuse.
– Je… je crois que je la connais…
– Voyez-vous ça, s’amusa la mégère, le petit orphelin solitaire connaît finalement un autre être humain… et assez important à ses yeux pour se dresser devant moi… assez important pour se moquer du destin de ses parents ?
– Non, mais…
– Alors tu ne me sers plus à rien. Tu ne reverras jamais tes parents. Ils croupiront pour toujours dans l’inframonde.
– Quoi, mais… non, je…
Le chantage semblait fonctionner. C’était le moment pour une nouvelle estocade d’autorité.
– Alors, dis-moi ce que je veux savoir ou rapporte-moi ce que je t’ai demandé !
À la grande surprise de la manipulatrice, la réaction de sa victime ne fut absolument pas celle escomptée.
– Faites-moi immédiatement rejoindre mes parents, imposa l’adolescent, ou je m’en vais raconter toutes vos manigances à vos très chères consœurs de Chaosha !
Cayenne en fut bouche bée un instant, mais répliqua sans attendre. Ce minable détournement de la conversation n’était au final qu’un léger contretemps qu’elle pouvait utiliser à son avantage.
– Petit imbécile, tu n’as toujours rien compris ! La pierre sacrée de Lym et le grimoire impie de Myl sont les clés qui ont scellé les portes de l’inframonde enfermant ainsi tous les sorciers et les sorcières guerrières dans les limbes. Sans elle, qu’elle que soit tes menaces, je ne peux pas faire ce que tu attends, au mieux je peux te montrer l’inframonde, mais certainement pas t’y faire entrer.
– Vous mentez, vous pouvez invoquer des démons et des flammes, vous pouvez ouvrir les portes des limbes !
– Jeune sot, les démons tout comme les flammes sont pure réa imprégnée de l’énergie du Chaos qui se matérialise dans notre monde. Les êtres physiques c’est une tout autre histoire ! Ce que tu proposes reviendrait à vouloir faire passer une brique dans un minuscule tuyau d’eau.

Le jeune homme se sentait perdu, pris au piège. Dire la vérité avait parfois du bon, songea la sorcière. Luttant contre des sentiments contraires l’adolescent prit sa tête entre ses mains.
– Quelle misère ! Pourquoi est-ce toujours si compliqué ? Et pourquoi a-t-il fallu que mes parents partent explorer l’inframonde ?
– Explorer ? Tes parents, des explorateurs ? Ahahah ! Ne me dis pas que tu crois encore à ces fadaises ?
– Mais si, ils m’ont laissé…
– Une lettre qui expliquait qu’ils avaient une mission importante et qu’il reviendrait bientôt ?
– Comment…
– Comment je sais cela ? Tous les orphelins de guerre on reçu cette lettre, rédigée par la très noble et respectée Ah, l’ École des esprits. Ce ramassis d’hypocrites. Une lettre assortie d’un sortilège d’illusion qui fait croire à son lecteur tout ce qu’il y a d’écrit. La vérité c’est que tes parents sont des guerriers, je les ai rencontrés mainte fois sur le champ de bataille. Et s’ils sont dans l’inframonde c’est parque que Ah les a embobiné pour les prendre dans leur armée.
– C’est n’importe quoi ! La guerre s’est terminée avant ma naissance. Ils sont…
– Imbécile ! La guerre n’est pas finie !!! Elle l’est seulement sur Hereva ! L’inframonde est déchiré par la rage et la destruction. N’as tu jamais trouvé bizarre qu’il y ait tant d’orphelins précisément de ton âge, et qu’ils soient tous des filles et fils de sorcier, hein ?
Le garçon ne répondit rien. Cayenne repris d’un ton condescendant.
– À la fin de la guerre de la surface, la paix et l’euphorie qui ont suivi ont fait que nombre de couples firent des enfants. Les sorciers y compris. Tu es un des enfants de l’après-guerre. Mais en secret, l’école de Ah avait d’autres projets que la paix. Elle convoitait et convoite toujours la puissance du Chaos qu’elle cherche à dompter et à faire sienne. Elle y était presque arrivée en nous détruisant moi et mes consœurs il y a de cela seize ans. Mais le monde est ainsi fait que l’équilibre des forces fut rompu et il fallut nous faire revenir d’entre les morts afin que le monde ne sombre pas. Nous sommes considérées depuis comme un mal nécessaire.
– Quel rapport avec la pierre ?
Myl et Lym étaient mes parents figure-toi, les plus puissants sorciers du Chaos que le monde ait porté. La pierre et le livre sont leur œuvre et mon héritage. Ah me les a volé pendant la guerre. Lorsque les chefs de l’École des Esprits ont vu leur entreprise échouée sur Hereva, ils ont utilisé les artefacts pour mener leurs guerriers et ceux des autres écoles dans l’inframonde. Ils ont déclaré la guerre aux démons du Chaos. Heureusement ou non, des sorciers moins bêtes que les autres ont compris le danger que représente la volonté de contrôler l’incontrôlable et se sont rangés du côté des démons. Tes parents et ceux de la gamine en font partie.
– La gamine ?
– Peu importe… éluda-t-elle.
– Mais alors ça fait dix ans qu’ils se font la guerre ! comprit le garçon. Ils doivent tous être…
– Non, le temps s’écoule différemment dans l’inframonde. Et nous sommes dans un siècle de dilatation. Nos heures sont leurs minutes, nos minutes leurs secondes. Là bas la guerre n’a débuté que depuis deux mois.

L’adolescent se tut. Il avait besoin de quelques instants pour réfléchir à tout ce que venait de lui divulguer Cayenne. Ainsi un silence s’installa, seulement troublé par une légère brise. La sorcière patientait, non par sollicitude, mais par stratégie. Ses paroles portaient leurs fruits dans la tête du garçon.
– Que ferez-vous quand vous aurez la pierre ? demanda-t-il.
– Chaosah retournera livrer bataille pour sauvegarder l’équilibre et je vengerai mes parents et tu pourras retrouver les tiens.
– Alors le grimoire…
– Je l’ai déjà récupéré.
– Pourquoi ne pas chercher la pierre vous même alors ?
– Parce que Ah me surveille et mes consœurs également, stupide cloporte !
– Hmm…
– Alors, décide-toi !
– D’accord… capitula-t-il. Mais à une condition.
– Parle qu’on en finisse !
– Vous avez dit que vous pouviez me montrer l’inframonde. Alors, faites-moi voir mes parents. Je veux être sûr qu’ils sont encore vivants avant de vous obéir.
– Soit. Vois et obéis.

La sorcière effectua une série de gestes, traçant les runes enchantées et crépitantes.
– INFRA MUNDIS VISIBILIS !
Devant les yeux du jeune homme, l’air se troubla. Une brume lumineuse et violacée apparaissait en même temps que se formait une image au centre des signes cabalistiques. Des étendues de feux immobiles, des mers de flammes améthyste figées, des terres dévastées émergeant de l’océan igné, des sortilèges cataclysmiques à l’ œuvre, des hordes de démons, des sorciers et sorcières dans la bataille. C’était bel et bien matérialisation du Chaos.
La vision se précisa. Comme un oiseau volant à travers le décor immobile, l’image voguait de guerriers-mages en créatures, d’abominations en arcanistes avant de s’arrêter sur une scène de combat. Deux couples, hommes et femmes, avaient synchronisé leurs mouvements et traçaient leurs runes ensemble. Face à eux se déployait une armée de monstruosité mécanique fruit des meilleurs ingénieurs de Zombiah. L’image se resserra sur les sorciers, puis sur le visage d’une des femmes.
– Maman… lâcha le garçon tout en versant une larme d’émotion.
Puis soudain le sort s’interrompit, ne resta que la nuit.
– Voilà ! tonna Cayenne. Tes parents sont vivants. Maintenant au travail !
– À vos ordres… maugréa l’adolescent avec une trace de colère dans la voix.
– Et cette fois-ci, ne me déçois pas, Zingiber !

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« Dilemme » de Johan Herrmann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Fondé sur une œuvre à http://www.peppercarrot.com.

Une nuit agitée

Depuis quelques heures déjà, la nuit emplie de ses ténèbres avait jeté sur le monde son voile sombre. Les lunes couardes s’étaient éclipsées hors de la vue des mortels, ne daignant pas leurs faire l’aumône d’un rayon argenté. Les timides étoiles ne parvenaient qu’épisodiquement à percer la chape nuageuse que la chaleur du jour avait fait enfler comme une colère sourde et vengeresse attendant de se déchaîner. L’air était lourd d’une moiteur collante. Les odeurs de la forêt se répandaient à la faveur des bourrasques annonciatrices de l’orage tempétueux. Les effluves de mousse et d’humus se mêlaient aux fragrances des champignons et des fleurs des bois.
Au trente-trois de la forêt de bout-un-cureille, sous les combes, dans son pijama humides plaqués contre sa peau poisseuse, Pepper peinait à trouver le sommeil.
Dehors, les exclamations étouffées des créatures nocturnes rythmaient la lente attente des songes. Les piaillements de terreur des petits rongeurs traqués résonnaient comme l’écho des hululements des chouettes repues. Accompagnant cette sauvagerie ordinaire, dans l’étang, la fraie des poissons clapotait avec fougue tandis que les insectes stridulaient dans les environs, comme à leur habitude.
À bien écouté, les hexapodes semblaient encore plus agité qu’à l’ordinaire. Le temps orageux, sans doute…
– Vont-il finir par se taire ? maugréa Pepper dans un murmure d’agacement.
Pour seule réponse, elle n’eut que l’intensification des bruissements de la chitine. Ce qui n’était qu’un ensemble de chuchotement rampant se muait en un bourdonnement inquiétant. Le vrombissement des centaines d’ailes membraneuses se faisait plus précis, le cliquetis des milliers de pattes, plus distinct. Une invasion grouillante semblait se préparer.
– Non… c’est mon imagination qui me joue des tours… Hein… t’est une grande fille Pepper, ce n’est pas quelques bestioles qui vont t’effrayer…
Malgré les paroles rassurantes qu’elle s’adressait à elle même, une masse de vermine rampante s’était emparé de son imagination. Cloportes, cafards, et mille-patte se frayaient un chemin dans les moindre recoins de sa pensée. Son dos lui grattait. Des gouttes de sueurs qui coulait le long de son cou lui paraissaient serpenter. Et elle aurai juré avoir senti ses cheveux ondoyer sur sa tête…
– Carrot, appela-t-elle en chuchotant. Répond moi, j’ai peur. Car…
Un mouvement ! Qu’était-ce ? Ça avait bouger, là tout près… Pepper retint son souffle, figée telle une statue d’angoisse, tous ses sens en alerte. Elle ne voyait rien mais elle savait que c’était là. Les bourdonnement continuaient de se rapprocher. Les murs semblaient habité de vie, frottant, grattant, grignotant. Un frisson glacé parcouru l’échine de la jeune fille lorsqu’elle sentit quelque chose remonter le long de sa jambe.
– Ça… ça rampe sous les draps ! KYAAAAH !!!
La jeune sorcière bondit hors de son lit. Par reflex, elle fit apparaître dans sa main une lumière rougeoyante et ténébreuse qui enflait à mesure que grandissait son effroi. La menaçante clarté plongeait la pièce dans une atmosphère lugubre. Sous l’étoffe froissé qui recouvrait le matelas, une masse informe se déplaçait vers le rebord du lit. Pepper, au bord de la panique, était prête à faire déferler les foudres du chaos sur ce qui sortirait.
– Miaou ?
La tête d’un petit chat apeuré émergea.
– Ah ! Carrot, c’est toi ! s’exclama Pepper dont le visage était devenu l’incarnation du soulagement.
Le félin s’approcha pour réconforter sa maîtresse. Celle-ci était en nage et respirait bruyamment. Elle-même n’aurait su dire si elle se consumait de chaleur ou si elle grelottait de froid. La peur avait troublé ses sens. Alors qu’elle se baissait pour caresser son ami à quatre pattes de sa main libre, une pensé fulgurante éclipsa le peu d’apaisement qu’elle avait trouvé.
– Les insectes ! Où sont-il ?
Elle se releva d’un bond et tendit bien haut l’orbe d’énergie qui gagna en intensité. Elle scruta les murs, le plancher, le plafond, tout était net.
Sous le lit ! Non plus… C’était à ni rien comprendre. Quel était ce maléfice ? Était-ce seulement réel ? Un mauvais rêve peut-être ? Une illusion ? Ou encore une très mauvaise blague ?
Tans dis que la perplexité se frayait un chemin grandissant dans l’esprit de la sorcière, celle-ci prit brusquement conscience d’un élément dont l’évidence n’avait d’égale que l’incongruité, le silence.
Il n’y avait plus un bruit. Tout était calme, beaucoup trop calme, comme si la demeure de la jeune fille fut atteinte d’un étrange mutisme. De même, à l’extérieur, les animaux semblaient avoir cessé leurs activités nocturnes, attendant avec anxiété la suite des événements, jaugeant la menace, à moins qu’ils n’eurent déjà tous fui…
– Je ne sais pas ce qu’il se passe, Carrot, mais je…

Blong !
– Qu’est-ce que c’était ?
Pling ! Prang ! Crak !
– Ça vient d’en bas… Et, ça… ça… Ça attaque la maison !
Carrot se cacha sous les draps et mit les pattes sur sa tête en tremblant. Il ne savait rien de ce qui se passait à l’étage inférieur, mais c’était autre chose qui l’effrayait, qui l’effrayait bien plus. Dans le regard de Pepper ni la peur ni l’angoisse n’avait plus leur place. Elles avaient été chassées par la colère. Une colère bouillonnante qui faisait rougeoyer yeux de la jeune fille dans la nuit. Une colère comme seule les adeptes du désordre originel savait déchaîner. En Pepper enflait la fureur dévastatrice du chaos.
– Personne ne s’en prend à ma maison ! hurla la sorcière avant de se jeter vers la sortie de sa chambre et d’ouvrir la porte avec fracas.
Dans sa main droite, l’énergie venue du monde d’en bas pulsait au rythme de son ire, éclaboussant les murs d’une clarté haineuse. Telle une walkyrie vengeresse, la jeune fille se précipita dans le corridor puis dans l’escalier, dévalant les marches quatre à quatre. Carrot rassembla son courage et la suivit à une distance qu’il espéra raisonnable, pour sa propre sécurité.
Lorsque la furie arriva au rez de chaussez, elle constata que tout était en place, tel qu’elle l’avait laisser avant d’aller se coucher. Les livres demeuraient sagement sur leur étagères. Les chaises se reposaient paisiblement contre la table. Le l’arbre-poutre, qui prenait racine loin sous la maison et la soutenait, veillait sur ses occupants avec le calme des siècles.
Crak ! Bling ! Pam !
– À la cave !
Repartie au pas de course, Pepper traversa le salon puis la cuisine et s’engagea telle une tornade dans le couloir au bout du quel se trouvait la porte menant sous la maison.

Dans le sous-sol, les troupes silencieuses attendaient leur ordres. Baignées d’une aura au vert sombre et sauvage, les sentinelles de chitine patientaient, contraintes par un sortilège à la plus dévouée obéissance.
Sous les milliers d’yeux à facettes de ses soldats, aux fond de la salle souterraine, une silhouette vaguement humaine, emmaillotée de haillons, déchiquetait les meubles, broyait les caisses et creusait le sol. La créature à la force démesurée avait entrepris un saccage méthodique du lieu, ne s’arrêtant que pour examiner à la hâte les débris dans la pénombre verdâtre. Même si elle faisait montre d’une brutalité animale, elle semblait plus animée d’un désir d’efficacité que de sauvagerie. Alors qu’elle continuait sa fouille violente et méticuleuse, elle s’immobilisa soudain.
Quelque chose approchait à grande vitesse. Un bruit de course. Derrière la porte !
– GRAVITAS SPIRALIS !
Tout a coup, le lourd panneau de hêtre massif vola en un millier d’échardes. Le monstre plaça son bras à hauteur de sa tête pour se protéger. Les guenilles qu’il portait furent déchiquetées, mais l’intrus, lui, ne sembla nullement affecté par l’attaque. En réponse à celle-ci, d’un geste il commanda son armée. Ce fut alors, une nuée de taons, frelons, punaises et cancrelats qui se jeta sur l’adolescente enragée qui venait de pénétrer dans la pièce. Et tandis que l’essaim bourdonnant attaquait par les airs, à ses pieds, des bataillons grouillant de cloportes, mille-pattes et autres araignées se ruaient eux aussi vers la furie.
– GRAVITAS SPIRALIS !
De nouveau le vortex gravitationnel se forma dans la main droite de la jeune fille et comprima la réalité en son centre avant de la relâcher en une effroyable débauche d’énergie. Toutes les bêtes, rampantes comme volantes, se retrouvèrent propulsées contre les murs et le plafond et s’y écrasèrent en un ignoble craquement. Le monstre, lui, avait bondi dans un recoin de la cave derrière un pan de mur qui l’avait protégé.
Pepper, aveuglée par la colère, en appelait encore au même sortilège. Ainsi, elle concentra derechef l’énergie au creux de sa paume en invoquant la force sombre qui crachait sa nitescence fielleuse alentour. Le crépitement cramoisi faisait danser les ombres comme autant de démons se préparant au festin des âmes.
Mais dans le fond de la sous-sol, le monstre s’était relevé. La créature avait perdu ses dernières guenilles, tombées en lambeaux. Sur sa silhouette grise, les reflets carmin du chaos se mêlaient au halo vert lugubre qui émanait de son être. Les contours du monstre se détachaient ainsi clairement dans la pénombre. Un corps humanoïde élancé, dont chaque membres étaient pourvu d’une rangé de pics acérés, était surmonté d’une tête triangulaire aux yeux proéminents. L’abomination ne paraissait pas être recouverte peau mais de plaques, tout comme la vermine répugnante qu’elle contrôlait. Un son strident, mélange de cliquetis, grincement et stridulation, s’échappait de la bête, de plus en plus aigu, de plus en plus fort. Il allait passer à l’attaque !
– GRAVITAS SPIRA… Peuh !
Rapide comme la foudre, le monstre avait bondi en assenant un puissant coup d’épaule à Pepper. La jeune sorcière, déséquilibrée, perdit son sortilège et alla s’écraser contre un des murs maculés des restes de d’insectes. Légèrement sonnée, l’adolescente ne parvint pas à canaliser la magie assez rapidement. La bête en profita.
Elle se jeta sur elle. De ses mains griffues, elle lui agrippa les poignets qu’elle plaqua avec une force herculéenne contre les briques poisseuses. Galvanisé par sa supériorité, le monstre scintillait à présent d’une aura émeraude amplifiée par les reflets de sa carapace d’albatre.
Pepper, reprenant ses esprits, porta le regard sur son agresseur. Une vision d’horreur.
Une énorme tête opaline aux yeux gris et hypertrophié la fixait. Tandis que les appendices buccaux de la créature frétillaient en exhalant une odeur putride, la jeune fille devenait livide.
Une mante ! Une mante humaine !
Devant l’hybride répugnant, toute la fougue, la hargne et la combativité de la jeune sorcière s’était soudain évanouies. Ne restait plus que la terreur.
Il va me manger, pensa-t-elle, il va vraiment me manger !
Lorsque l’un de palpes gluant de la créature approcha de la joue de l’adolescente, celle-ci, tétanisée, ne pouvait même plus crier. L’étreinte de la peur était si forte qu’elle l’empêchait de réfléchir, pourtant elle eut la fugace impression que la créature hésitait. Quelque chose semblait la retenir. Pour le plus grand malheur de la jeune fille, cela ne dura pas. Le monstre fit crisser ses organes dans un bruit ignoble et de plus en plus fort. La fin était proche, Pepper vivait sans doute ses derniers instants
C’est alors qu’une tornade orangé pleine de griffes et de crocs bondit sur la tête du monstre, frappant mordant et écorchant.
– Carrot ! lâcha Pepper dans un souffle.
Le petit matou se démenait comme un beau diable, esquivant le monstre d’un coté, sautant et griffant de l’autre. La jeune sorcière abasourdie parvenait difficilement à réaliser ce qui était entrain de se passer sous ses yeux. Tout allais trop vite, elle avait du mal à suivre. Les mouvements de son chat étaient fulgurant. Comment cette petite boule de poil à la tête ronde parvenait-elle à une pareille vitesse ?
C’était sans réelle importance à vrai dire, l’adolescente savait que ça ne durerait pas. Bien que son ami à quatre pattes occupait le monstre, ce dernier ne faiblissait pas. Et au rythme de la confrontation elle était certaine que le félin, lui, fatiguerait rapidement.
Il fallait faire quelque chose et vite. Mais quoi ? Le vortex gravitationnel était trop difficile à diriger avec précision. Carrot serait inévitablement touché…
Réfléchis Pepper, Réfléchis !

Je sais !
– Carrot tient toi près à filer !
Le matou, toujours au prise avec l’abomination insectoïde n’avait pas le temps de faire le moindre signe pour confirmer qu’il avait bien compris. La sorcière commença néanmoins, priant le Chaos pour qu’il ait entendu. Elle traça dans les airs les runes cabalistiques nécessaire à ce sortilège. Des traits d’étincelles rougeoyantes se formaient la où passaient ses doigts fins, dessinant de complexes arabesques. Au centre du symbole apparaissait une sphère violacé qui dégageait une intense lumière
– Salle monstre, je vais te vaincre ! Foi de Pepper !
À ces paroles, la créature eut un bref mouvement de tête vers la sorcière. Un instant d’inattention dont la furie féline profita pour assener un coup de griffe bien sentit.
C’était le moment idéal !
– Carrot ! Maintenant ! INFRA MUNDIS INFERNO !
Le matou agile agrippa un lambeau de manche de ce qui avait dû être une veste. Se balançant ainsi au bras de l’horreur chitineuse, il se propulsa loin d’elle juste avant que le jet de flammes améthyste la frappe de plein fouet.
Les gerbes du feu dévastateur de l’infra-monde se déversaient comme vomies de la bouche d’un démon. La chaleur était insoutenable, le brasier aveuglant, la survie impossible.
– SORTIS TERMINARE !
La brèche entre les réalités se referma, tarissant la source ignée. Au sous-sol, quelques foyers demeuraient, projetant ombre et lumière sur la scène aux allures de petit cataclysme. Au centre, figé dans une pose défensive le monstre tenait toujours debout.
– Impossible ! s’exclama Pepper. Comment…
C’est alors que la carapace calcinée de la bête se fendilla. Des dizaines de craquelures courraient le long de ses membres, sur sa tête et son abdomen. Un bras tomba avant que le reste du corps ne suive et s’écrase au sol en un nuage de poussière.
La jeune sorcière lâcha enfin un soupir de soulagement.
– Ça y est Carrot ! On l’a eu ! Carrot ?
– Miaou, répondit le matou qui sortait de derrière un grand coffre renforcé.
– Ah ! Oui ! Vite il faut éteindre les dernières flammes. Je ne veux pas que la maison parte en fumée !
Ils s’affairèrent ainsi tous deux avec sceaux d’eau et couvertures humides. Au milieu des débris les déplacements étaient mal aisés, mais ils parvinrent avec courage à étouffer les dernières flammèches.
Pepper ruisselante, s’assit sur une des grosses racines de l’arbre-poutre qui descendait dans la cave.
– Mon pauvre, toi aussi tu as souffert du combat, dit-elle en caressant le bois noirci.
– Miaou, fit remarquer Carrot.
– Oui, oui, toi aussi mon petit héros. Je ne t’oublie pas. D’ailleurs je pense que tu as largement mérité une récompense.
– Miaou ?
– Ça va te plaire un repas spécial : délice de poulet à la sauce des héros.
– Miaou !
– Mais pour l’heure, j’ai vraiment besoin de dormir. Je fais venir le golem devant la maison et je prépare quelques glyphes de garde pour qu’on soit tranquille et on retourne se coucher.

Ainsi, aux premières lueurs de l’aube, l’adolescente prit un repos bien mérité.
Délaissant quelques instants sa maîtresse endormie, le petit félin retourna dans sa cachette secrète. Sa collection clinquante était toujours bien à l’abri. Il ressortit satisfait de son inspection. De plus, dans les bois alentour, les murmures habituels de la nature étaient revenus. D’ailleurs ne venait-il pas d’entendre ce buisson bruisser. Bah, peu lui importait finalement. Il se sentait trop las pour partir en chasse pour l’instant. Autant attendre le repas du héros, il en valait bien plus la peine.

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« Une nuit agitée » de Johan Herrmann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
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Essai modélisation personnages principaux

Comme écrit dans la description du projet, je tente d’illustrer les nouvelles que j’écris. Étant plutôt mauvais en dessin, je me suis tourné vers la modélisation 3D.
Les modèles ci-dessous sont le résultat de mon apprentissage autodidacte de cet été (via des livres et des tutos vidéo glanés sur le net). À savoir:
– L’anatomie humaine en générale,
– Le « sculpt 3D » pour les visages et la retopologie,
– La topologie des modèles (face loop, edge-loop),
– L’utilisation des materials pour les couleurs.
– L’utilisation des nœuds de composition pour l’amélioration du rendu final.

Ces modèles ne sont « recouverts » que de couleurs simples et ne dispose pas d’UVmap ou de normal map. Ils ne disposent pas non plus d’armature de déformation (mesh rigging). Ce savoir-faire me manque encore.

Je ne suis pas certain d’utiliser ces modèles pour l’illustration effective des nouvelles et des recettes. Je pense plus me tourner vers une modélisation low-poly. Cela demande une autre approche de la modélisation, donc un apprentissage supplémentaire, mais je pense que cela collera plus au côté dessin BD de l’œuvre originale.

Pepper
pepper360
Saffron
saffron360
Shichimi
shichimi360
Coriander
coriander360

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Cet article et les images qu’il contient réalisées par Johan Herrmann sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
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Soufflait le vent, tombait la neige

Soufflait le vent, tombait la neige, rougissait le bout du nez.
– Atchoum ! Brrrr ! Je déteste le froid ! s’exclama Safran dont on ne voyait plus le roux de la chevelure sous l’épaisse couche de poudreuse qui la recouvrait. Si seulement j’avais une potion de chaleur instantanée sous la main, ou au moins une coquille d’œuf de phénix !
– Miaou ! approuva la petite chatte au pelage semblable au manteau hivernal de Dame Nature.
– Truffe, viens ! Viens vers moi pour te réchauffer.
L’animal transi ne se le fit pas répéter et sauta dans les bras de la jeune sorcière.
– Fichu balai ! reprit celle-ci. L’enchanteur va m’entendre quand nous serons de retour à Komona ! Si nous parvenons à rentrer… En plus j’ai perdu mon chapeau…
– Miaaaou ! fit Truffe plaintive.
– Oui je sais, le sortilège de protection du froid était aussi sur le balai, répondit-elle en serrant son familier contre sa poitrine. Mais ne t’inquiète pas, on va s’en sortir.
La sorcière, vêtue de ses seuls habits citadins – jupe, chemise, veste légère et escarpins – grelottait à en faire chuter la neige de ses cheveux. Elle scrutait désespérément le paysage brouillé par les innombrables flocons en cherchant à se repérer dans ce maelström de blancheur. Sur sa gauche s’étendait ce qui semblait être une prairie, mais la visibilité était à ce point mauvaise qu’il aurait tout aussi bien pu s’agir d’un jardin. La mine perplexe, elle tourna la tête de l’autre côté. Malgré le vent qui sifflait à ses oreilles elle entendit les clapotis d’une rivière proche.
Lors de la chute due au véhicule à la magie défectueuse, elle avait cru apercevoir le grand arbre de sa chère ville flottant dans les airs au loin. Par malheur, les vrilles et les embardées de l’engin fou avaient complètement désorienté la jeune fille.
– Je crois bien que nous sommes perdues, Truffe, dit-elle avec gravité avant de claquer des dents. Et j’ai tellement froid que je ne peux même pas me concentrer pour invoquer quoi que ce soit. Les adeptes de Kielbasah ne sont pas faits pour ces températures !
– Miaou… répondit la petite chatte avec compassion et un brun de défaitisme.
– Ça va… Atchoum ! Ça va aller. On va trouver un abri.
Safran se tourna alors dos au vent et commença à marcher. La neige qui fondait au contact de sa peau et de ses chaussettes en soie se transformait en une eau froide et délétère, volant toujours un peu plus de sa chaleur. Le liquide gelé ruisselait le long de ses jambes jusque dans ses souliers, engourdissant ses orteils. Le vent, quant à lui, mordait avec une hargne véhémente les épaules de la jeune fille comme un prédateur cruel.
La sorcière marcha pendant un temps qui lui parut une éternité dans ce blizzard qui se renforçait de minute en minute.
Alors que ses forces et son courage la quittaient avec la rapidité d’une proie en fuite, Safran aperçut une masse sombre se découper à quelques mètres.
– Regarde Truffe, dit-elle à sa chatte pelotonnée contre son torse, on dirait que l’on arrive vers une paroi. On va pouvoir s’abri…
GRRRRRMMMMMMM !
– Ah ! Mais qu’est-ce que…
GRRRRRMMMMMMM !
Dans le tumulte des flocons, les contours de ce qu’elle avait pensé devenir un refuge se déployèrent en une immense silhouette. À quelques mètres seulement de la jeune sorcière, un géant aux lignes indistinctes, mais à la carrure colossal se tenait à présent immobile. Les dents de la pauvrette claquèrent de plus belle. Elle ne savait plus qui du froid ou de la peur la rendait si fébrile.
Elle n’eut même pas le temps de se donner une réponse. Soudain, les yeux du monstre s’illuminèrent, dardant une vive clarté sur l’adolescente désemparée.
Devant la brusquerie de ce retournement de situation, la jeune fille ne faisait plus un seul mouvement. Elle semblait pétrifiée.
Quelle était donc cette abominable créature ?
Alors que les secondes s’égrainaient dans un immobilisme terrifié, sans crier gare, Truffe sauta des bras de la sorcière et défia le colosse. La petite chatte souffla, cracha, feula. Personne ne menaçait impunément Safran ! Aussi grand soit-il, s’il approchait, ce monstre tâterait de ses griffes !

Les invectives félines n’eurent malheureusement aucun autre effet que de faire se mouvoir le goliath.
GRRRRRMMMMMMMPRRRR !
Un seul de ses pas avait fait trembler la terre et chuter la pauvre adolescente. Truffe, sa bravoure envolée comme les flocons qui lui cinglaient les moustaches, reculait en tremblant.
– Ça… va… al… ler… tenta de la rassuré la Safran.
Hélas, les vibrations de deux nouvelles enjambées titanesques anéantirent le reste de courage de la jeune fille. Et lorsqu’une gigantesque main s’était approchée pour la saisir, plus rien ne retint sa panique.
– Aaaaaaaah !
Sans même comprendre comment elle avait réussi à se lever, elle courait maintenant à en perdre haleine, son familier non moins affolé sur ses talons. La terreur s’était transformée en une force nouvelle, celle qui lui fallait pour sauver sa vie !
Pourtant, chaque foulée lui coûtait. L’air gelé qu’elle inspirait à grandes goulées lui brûlait les poumons tandis que le froid lui glaçait les os. Le vent qui avait encore forci et qu’elle bravait de face lui fouettait le visage.
Derrière les deux fuyardes, la créature imperturbable avançait de son pas lourd et égal tout en gardant ses yeux lumineux braqués sur ses cibles qui s’éloignaient.
Instinctivement, Safran regarda derrière elle et un semblant d’espoir commença à poindre dans le cœur de la jeune fille. Elle courait plus vite que le colosse !
– On va y arriver Truffe ! Vite !
La sorcière et sa compagne féline continuèrent leur course à travers la prairie enneigée, battue par ce vent aussi hargneux qu’inlassable.

Quelle distance parcoururent-elles ? Des centaines de mètres ? Des kilomètres ? Comment savoir dans cette tempête ?
La jeune fille commença à ralentir, moins par confiance que par fatigue, avant de s’immobiliser.
– Je… Je n’en peux plus, souffla-t-elle.
Au loin, les yeux lumineux avaient disparu, happés par le rideau de neige déchaînée, mais le bruit des pas titanesques se faisait toujours entendre.
– Miaou ! encouragea Truffe.
– Je…
Safran s’écroula. À bout de force.
– Miaaaa ! s’écria la petite chatte qui tenta de lui lécher le visage pour la faire revenir à elle. Constatant l’inefficacité de sa tentative elle secoua la jeune sorcière du plus fort qu’elle put puis lui mordilla une oreille. Toute à son désespoir, elle alla même jusqu’à lui planter ses griffes dans le bras.
Rien n’y fit.

Dans le blizzard, les yeux lumineux réapparurent.

***

Soufflait le vent, tombait la neige, reniflait le bout du nez.
– Snif, snif… grmblm…
Une chaleur douce et laineuse enveloppait la jeune fille qui sortait doucement de ses songes. Des mugissements du vent gelé ne demeuraient qu’un murmure atténué par les briques des cloisons. Dehors, les flocons tourbillonnaient en un ballet constant et chaotique. Dedans, les flammes de l’âtre réchauffaient les corps et les cœurs.
– Snif, snif…
Une délicieuse odeur de ragoût s’était frayé un chemin jusqu’aux narines de l’adolescente. Le doux fumet la ramena rapidement à la réalité. Elle battit alors paupières. Lorsqu’elle se fut acclimatée à la lumière, elle réalisa qu’elle se trouvait allongée sous un plafond mansardé.
– Où suis-je ? se demanda-t-elle tout haut. Où est Truffe ? Où est passé le…
Ses yeux s’agrandirent de stupeur lorsque la mémoire lui revint soudain. Elle redressa subitement le buste et chassa les couvertures.
– LE MONSTRE ! TRUFFE ! TRUFFE ! appela-t-elle.
– Miaou ! répondit une voix féline.
– Truffe ! C’est t…
En lieu et place de la chatte à la robe crème qu’elle s’était attendue à voir, c’est un matou roux et tigré qui entra dans la pièce.
– Mais que… balbutia Safran. Carrot ?
– Miaou, répondit l’intéressé.
– Truffe, tu as vu Truffe ? l’interrogea l’adolescente angoissée.
– Ne t’inquiète pas, dit une voix dont la propriétaire passait le seuil de la porte. Elle va bien, mais elle est encore faible.
Pepper, dans ses habits d’hiver, entra avec la boule de poils dans ses bras. Safran sauta de sa couche pour venir à sa rencontre, mais fut immédiatement prise d’un vertige. Elle se cramponna à la tête de lit pour ne pas vaciller.
– Et elle n’est pas la seule, reprit la sorcière de Chaosah en déposant son précieux fardeau sur les couvertures.
Safran regagna les draps moelleux et y accueillit son amie à fourrure.
– Viens là ma belle, lui dit-elle en la couvrant de caresses.
Bien qu’à peine audible, un petit « Miaou » affectueux et émouvant lui répondit.

Les laissant à leurs retrouvailles, Carrot et Pepper s’éclipsèrent quelques instants pour revenir avec un plateau couvert de victuailles, dont une pleine assiette du plat de pomme de terre et de viande au fumet irrésistible.
Les convalescentes affamées se jetèrent dessus. Tout en mangeant, la rouquine qui reprenait des forces à vue d’œil se tourna vers sa bienfaitrice.
– Pepper, comment sommes-nous arrivées ici ? C’est toi qui es venue nous sauver du monstre aux yeux éclatants ?
– Non, pas exactement, répondit-elle en s’asseyant au bord du lit. Aux yeux éclatants tu dis ?
– Oui, un colosse dont les pupilles éclairaient comme mille soleils !
– Oh… commença-t-elle en se passant une main derrière la nuque.
– Comment ça, « Oh » ? fit Safran soupçonneuse.
– À vrai dire c’est mon golem de garde qui vous a trouvé dans la tempête et qui vous a amenée ici. Je crois que c’est lui ton monstre. Il voulait seulement vous aider.
– Quoi ! s’indigna l’alitée en pointant sur son infirmière de circonstance une fourchette portant un morceau de ragoût. C’est à cause de ton fichu système de sécurité que j’ai failli mourir congelée ?
Pepper fronça les sourcils face à cette attaque injustifiée.
– C’est grâce à lui que toi et Truffe êtes ici au chaud ! s’emporta-t-elle. Et c’est moi et Carrot qui nous sommes occupés de vous, nom d’un dragon !

Safran était allé trop loin et elle le savait. Elle baissa les yeux dans son assiette avant de repousser cette dernière sur le côté, se sentant soudainement indigne de la terminer.
– Pardon, regretta-t-elle, j’ai eu tellement peur…
La colère de son hôtesse s’envola aussi vite qu’elle était apparue et un sourire de compassion se fit jour sur ses lèvres. La sorcière rousse, elle, se remémorant ses terribles instants, sentait les larmes lui monter.
C’est alors que, sans crier gare, elle vint enlacer Pepper et pleurer sur son épaule.
– Merci, chuchota Safran entre deux sanglots.
Sa camarade ne répondit rien, mais lui rendit son étreinte. Les deux félins se joignirent aux effusions, achevant de réconforter la malheureuse.

Ses vives émotions apaisées, la jeune fille se recula sur le lit. Elle essuya ses yeux rougis qui exprimaient à présent autant la joie que la gratitude. C’est à ce seul instant, avisant la manche humide, qu’elle se rendit compte qu’elle portait par dessus ses vêtements un long gilet de laine qui ne lui appartenait pas. Elle se trouvait à nouveau émue par la sollicitude qu’on lui avait témoignée, mais en son for intérieur quelque chose n’allait pas.
– Il faudra faire quelque chose tout de même, ton cardigan n’a vraiment aucun style, déclara-t-elle.
– Ahahah ! Tu vas beaucoup mieux on dirait ! rétorqua Pepper amusée.

Soufflait le vent, tombait la neige, riaient les amies.

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Le potage miracle

Dans la chaumière au toit bleu, à petit bouillon sur le feu, cuisait la soupe des vigoureux. Dans la petite maison aux murs blancs de chaux, la vieille dame s’occupait à couper les poireaux. Les enfants de Bout-un-Cureil venaient souvent, parfois en coup de vent, visiter la vieille dame au sourire charmant. Ils étaient alors assurés de gâteaux en ribambelle donnés par la joyeuse Grand-Mère Cannelle.

En ce jour pourtant, à sa porte frappant, n’était point une enfant.
– Une seconde ! s’écria l’ancêtre.
– Miaou ! s’impatientait un petit être.
– Tiens-toi bien ! sermonna une jeune voix féminine.
– Le petit Carrot et ma chère Pepper, je devine.
– Oui Grand-Mère. C’est moi, c’est Pepper.
– Entrez mes chéris, venez à l’intérieur.

La jeune sorcière et son filou félin se faufilèrent dans l’enfilade de couloirs tortueux qui constituait un des terrains de jeu préféré des petits boute-en-train curieux et, accessoirement, l’habitat singulier de la maîtresse des lieux.
Après quelques secondes d’une incertaine errance, Carrot s’arrêta et huma l’air avec assurance. Ses prunelles grossirent puis ses paupières s’étrécirent et sur ses lèvres se dessina un sourire. Il s’élança alors sans hésitation dans les corridors de la petite maison. Pepper le suivit tant bien que mal dans cet étrange et biscornu dédale. Les murs étaient de torchis, de brique, de bois et de pierres rougies. Le sol était de carrelage, d’acajou, d’un dallage de brun et de roux.

Arrivés dans la cuisine où attendait une sardine anodine exhalant son effluve comme le fil d’une Ariane féline, les deux visiteurs saluèrent avec une joie tumultuaire la joviale ancêtre d’une accolade sincère.
– Bonjour Grand-Mère, comme je suis heureuse de te voir.
– Et moi ma petite, j’en suis ravie. Tu peux me croire.
Carrot lui n’émit pas un miaulement, car après un salut diligent se rua sur le poisson succulent. Tout en regardant son chat grignoter, d’une remarque Pepper ne put s’empêcher.
– Eh bien Carrot, dès qu’il s’agit de ton estomac, sur une montagne ou dans une grotte, tu trouves toujours le chemin adéquat. Mais au fait Grand-Mère, dit-elle, se tournant vers cette dernière, ils ont encore changé tes couloirs. Sans Carrot et son flair, j’aurais pu y rester jusqu’au soir.
– Ah ma chère enfant ! Sache qu’ils sont un symbole vivant, ses couloirs et corridors mouvants. Ils sont comme le feu de Kielbasah, changeant de forme, changeant les voies qui mènent à mes grands ou bien mes petits plats. Mais assez parler architecture, sans me perdre en vaines conjectures, je ne te pense pas ici pour la beauté de mes murs.
– Non Grand-Mère, tu as raison, il y a bien des choses qui m’amènent en ta maison. À vrai dire, il s’agit de mes marraines opiniâtres.
– Les vieilles chouettes acariâtres ?
– Celles-là mêmes, très chère Grand-Mère.
– Mais que te veulent ces trois vipères ?
– Elles me soumettent à des épreuves.
– Chercheraient-elles certaines preuves ?
– Celles de ma hargne et de ma malice.
– Par les braises et le feu des abysses rôtissant l’éternelle et Très Sainte Saucisse ! Toi, ma petite Pepper au miel de fleur, toute de gentillesse et de douceur ; comment veulent-elles, ces drôlesses, te changer de tourterelle en diablesse ?
– Je n’en ai cure à la vérité, car moi, je ne désire en rien changer !

À la suite de cette exclamation plaintive, l’ancêtre bienveillante et compréhensive, vint serrer contre sa réconfortante épaule, la jeune sorcière pleurant comme un vieux saule. Carrot, plein d’amour et d’empathie, délaissa sa sardine savoureuse, pour bonté et sympathie venir témoigner à la malheureuse. Si bien entourée, Pepper sécha vite ses larmes. Le calme retrouvé, Cannelle venta un de ses charmes.
– Ma douce enfant, j’ai peut-être pour toi, une clef à ton tourment, mais avec mesure tu devras user de cet enchantement.
– Quelle est donc, Grand-Mère, cette magie dont tu devises ? Quels effets salutaires affaibliront donc l’emprise de mes tyranniques marraines, despotes de Chaosah, me donnant enfin les rênes, de mon destin, de mon karma ?
– C’est juste ici, ma petite, bouillonnant dans ma marmite, toute la hardiesse et le courage, d’une potion venue du fond des âges.

Pepper impressionnée s’approcha du chaudron. De son odorat affûté, examina les exhalaisons.
– Quelle odeur délicieuse ! remarqua-t-elle.
– Gage de magie harmonieuse, précisa Cannelle.
– Me permets-tu, Grand-Mère ? demanda Pepper, avisant une cuillère.
– Prends-en une louche, ma chère, répondit l’ancêtre en désignant cette dernière.
La jeune sorcière se saisit de l’ustensile, but d’un trait puis leva un sourcil. Une couleur pourpre colora sa figure, ses yeux et sa bouche s’agrandirent, des volutes de vapeur apparurent au rythme de ses saccadés soupirs.
– Sens-tu les effets de ma préparation ? demanda l’aïeule.
– Oui… Oui… Efficace comme potion, répondit la filleule. Ça va chauffer pour mes marraines !
– Te voilà prête à entrer dans l’arène.

Pepper s’en retourna le cœur vaillant affronter sa vie et ses tourments.
Grand-Mère Cannelle, par la fenêtre, la regarda s’éloigner. Alors, par hasard peut-être, de sa bouche s’échappa une pensée.
– Pour le courage des jeunes gens, rien ne vaut une bonne soupe aux piments !

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« Le potage miracle » de Johan Herrmann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Fondé sur une œuvre à http://www.peppercarrot.com.

Souvenir d’une rencontre (non corrigé)

Un balai filait à travers ciel en ce matin d’été. Le soleil, qui se levait paresseusement de son lit d’horizon, envoyait tout de même de bonne grâce quelques rayons lumineux sur la poudre scintillante embellissant autant qu’enchantant le manche et la paille de l’ustensile sorcier de locomotion.
À califourchon sur le grand bâton de bois une jeune sorcière à la toilette élégante, mais quelque peu rapiécée parcourait des yeux la canopée de la forêt de Bout-un-Cureuil. Elle était en quête d’un ingrédient arboricole pour sa toute nouvelle potion.
Confortablement installé sur la paille du balai volant, son chat roux qui était également son assistant scrutait lui aussi la cime des arbres.
Le balai quant à lui était maintenu dans une direction approximative, mais là n’était pas l’important. L’attentive scrutation des cimes l’était bien davantage. C’est ainsi qu’à vitesse de vol réduite, les deux chercheurs espéraient trouver une pointe de Pin-d’argent, rare bourgeon ne fleurissant qu’aux fortes chaleurs de la belle saison.

Tout à leur tâche concentrés, la sorcière et son assistant félin furent surpris de l’arrêt soudain de la forêt. À la place de celle-ci défilait à présent à quelques mètres sous leurs pieds une verte prairie. La jeune femme tempéra la course de son destrier de bois et de paille et releva la tête avant de s’adresser à son chat.
– Eh bien, Carrot, il semble que nous nous soyons bien éloignés. Nous devrions…
Elle ne termina pas sa phrase. Quelque chose avait attiré son attention. Une légère brise avait fait bruisser de façon singulière l’épais feuillage d’un arbre qui n’appartenait pas à la forêt. Ce bruit avait quelque chose de familier.
Après un miaou interrogatif de la part de son compagnon perplexe, la jeune arcaniste tourna lentement la tête pour découvrir sur sa gauche une butte au sommet de laquelle trônait un chêne immense et majestueux.

Sans plus d’explication, le balai fut dirigé à la rencontre de ce monument végétale. Carrot devait bien s’avouer très intrigué. Il n’avait pas souvenir de n’avoir jamais approché cet endroit, mais ne doutait pas qu’une explication le contenterait tantôt. Pourtant, alors que le bâton empaillé s’engageait sous la frondaison de l’arbre solitaire, c’est l’ombre rafraîchissante qui donna sa première satisfaction au félin, car lui n’avait pas de chapeau pointu pour se protéger du soleil.

Quand le balai s’immobilisa au niveau du sol, Carrot sauta à terre avant que sa maîtresse ne descende elle aussi de son moyen de locomotion favori, puis s’approche de l’énorme tronc et passe sa main sur son écorce. Le matou observait la scène avec circonspection, sa maîtresse étant, semblait-il, perdue dans de lointains souvenirs.
Lorsqu’elle se décida à retirer sa main et à s’adosser à l’arbre, le chat découvrit une inscription à la surface de celui-ci.
« Pepper & Zingiber », le tout, entouré d’un cœur.
Pepper, pour la côtoyer chaque jour et l’avoir présentement sous les yeux, était on ne peut mieux connue du petit félin, mais qui était donc ce Zingiber ?

Comme si elle avait entendu cette question sourde, la jeune sorcière commença à raconter.
– C’était il y a des années de cela, j’habitais avec mes parents dans une maison non loin d’ici. Un été, ils m’ont envoyée seule cueillir une salade sauvage au pied du grand chêne. Tiens, regarde, il en pousse encore ici et là, indiqua-t-elle en les montrant du doigt, mais il y en avait plus quand j’étais petite. À cette époque, poursuivit-elle, je n’avais pas encore de balais, mais j’aimais déjà parcourir les grandes étendues.
Elle eut un petit sourire amusé et grattouilla le chat qui était venu sur ses jambes pour suivre son récit.
– En fait, reprit-elle, les grandes étendues se bornaient surtout aux abords de la maison. Le grand arbre à salade comme l’appelait mon père était pour moi une contrée sauvage et inexplorée. Seuls mes parents s’y arrêtaient de temps à autre avec leurs balais. Aussi, venir jusqu’ici toute seule en quête de salade fraîche était en soi une formidable aventure. Et je m’étais bien préparée. J’avais enfilé ma jupe d’aventurière que maman m’avait confectionnée solide, ma chemise de voyage et mes plus belles guêtres, des grises avec de petits poids verts, sans oublier mes souliers enchantés et mon sac à dos. Tu m’aurais vue. Une véritable petite exploratrice.

Pepper, en se remémorant ses souvenirs, se perdit un moment dans la contemplation des nuages lointains. Leurs formes changeantes se faisaient le miroir de ses réminiscences enfantines. Leur flux lent et paresseux emportait l’esprit de la jeune sorcière vers le lointain.
– Miaou, fit Carrot impatient d’écouter la suite.
– Heu… Oui, se reprit-elle. Ainsi donc j’arpentais la forêt en direction de mon objectif en dévalant puis escaladant les combes et en traversant à gué les ruisseaux. Oh, il y avait bien un chemin plus facile et praticable, mais ça n’aurait pas été une vraie aventure, tu comprends.
Carrot, afficha une moue dubitative, mais ne l’interrompit pas.
– Lorsque je suis arrivée au pied de la colline j’étais toute crottée, mais formidablement joyeuse, car mon trésor, les salades, m’attendait. Et j’avais bien l’intention de rapporter la plus grosse de toutes. J’ai gravi la colline en regardant distraitement aux alentours, mais elles étaient trop petites. Alors j’ai fait le tour du chêne, et là je l’ai vu. C’était la plus grosse salade du monde… Mais elle était dans les mains d’un garçon ! Un garçon endormi au pied de l’arbre. Il portait un kimono bleu, des sandales aux semelles de bois et sur son visage était posé un chapeau de paille. Alors je l’ai secoué gentiment en lui disant de ma petite voix
« Hey, s’il te plaît, tu me donnes ta salade ? »
À ce moment le garçon se réveilla et souleva son chapeau de sa main libre. Il était du même âge que moi. Ils avaient les yeux noisette et les cheveux très clairs presque blancs.
– Miaou ? fit Carrot.
– Oui tu as deviné, il venait du pays des lunes couchantes. Mais laisse-moi te raconter la suite. Quand il a porté son regard sur ma figure maculée de terre et mes cheveux pleins de brindilles et de feuilles mortes, ses pupilles se sont dilaté et il a crié.
« Haaaaa ! Un troll ! »
Sur le coup j’ai eu peur, mais ensuite j’ai éclaté de rire. Et alors qu’il allait s’enfuir, il se ravisa en constatant que je n’étais qu’une petite fille. Moi, toute hilare que j’étais je n’avais pas perdu de vue ma première préoccupation.
« Tu me donnes ta salade ? » lui redemandais-je. Et tu sais ce qu’il m’a répondu avec sa trogne toute renfrognée ?
– Miaou.
– Il m’a dit « Je ne donne rien à une tête de troll ! ». Il avait l’air si sérieux qu’il m’a fait rire encore plus. Et finalement il a ri avec moi. Puis nous avons fait plus ample connaissance. Il s’appelait Zingiber. Lui et ses parents étaient partis en voyage d’études afin d’apprendre la manière dont les sorciers et sorcières de nos contrées se servaient de la magie. Tout excitée, je lui ai parlé du peu que je savais en magie à l’époque comme si j’étais une grande maîtresse des arcanes, mais finalement, nous avions vite changé de sujet. Ainsi, nous avions échangé sur nos quotidiens respectifs et d’autres choses, mais surtout nous avions joué ensemble.

Carrot vit les yeux de la jeune sorcière retourner vers les nuages et alors qu’il s’était attendu à un nouveau moment de rêverie, sa maîtresse fronça les sourcils.
– Toutefois, continua-t-elle, au moment de partir il n’avait quand même pas voulu me donner sa salade ! J’ai dû en cueillir une autre…
Les poings sur les hanches, Pepper afficha une moue boudeuse qui tira un sourire à Carrot.
– Mais, reprit-elle, nous nous étions promis de nous revoir le lendemain au même endroit et les jours suivants. C’est alors qu’à la maison de mes parents, je me suis trouvé un appétit féroce pour la salade. J’en demandais à chaque repas et me proposais chaque jour d’aller en chercher. Mes parents n’étaient pas dupes. Je pense même que mon père avait dû me suivre une fois ou deux depuis les airs pour découvrir la cause de mon intérêt soudain pour cette verdure.
Ahhh… soupira-t-elle, mais voilà Carrot, toutes les belles choses ont une fin. Au bout deux minuscules semaines, Zingiber m’avait annoncé que lui et sa famille partaient pour le pays de l’union des technologistes au début de l’après-midi du lendemain.

Pepper avait baissé les yeux et regardait ses souliers. Son visage exprimait de la nostalgie mêlée à de la tristesse, mais aussi à une pointe de souvenir heureux. Puis après quelques instants de ce mutisme presque solennel, elle reprit.
– Le jour du départ, j’avais soigné ma tenue et avait fait attention à passer par le chemin pour ne pas me salir. Ainsi j’étais toute proprette quand je l’ai rejoint. Quand je suis arrivée, il était déjà là et tenait une salade dans les mains.
« Tu vas me la donner finalement ta salade ? » lui demandais-je.
« Je ne donne rien aux têtes de troll… » déclara-t-il avec un sourire malicieux « … mais puisque tu ne ressembles plus beaucoup à un troll, je veux bien te l’échanger. »
« Mais je n’ai rien à te donner en retour » me lamentais-je. Alors, son sourire s’agrandit encore plus et il me rétorqua « Alors fait moi un bisou ! ». Tu m’aurais vu Carrot, j’étais toute gênée, mais en même temps j’étais très heureuse… et triste aussi, car il partait. Pourtant je me suis approchée et lui ai donné un baisser sur la joue. J’ai vu qu’il avait rougi et je pense que je devais être dans le même état. Puis il me donna la salade promise. C’est alors que j’ai noté que l’écharpe qui serrait d’ordinaire sa taille avait disparu. Il avait remarqué ma surprise. C’est alors qu’il m’a dit une phrase étrange dont je n’ai jamais compris le sens.
« Les nœuds du destin se font et se défont sans cesse. C’est ce que maman me dit toujours. Quand le nœud du nôtre se sera libéré, il sera temps de nous revoir. » Et il m’a fait un bisou lui aussi, s’est retourné et est parti en courant. En me laissant là avec ma salade. Je l’ai regardé s’éloigner jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision. Puis j’ai sorti le petit couteau que mes parents m’avaient confié pour récolter les feuilles de ce légume que j’avais déjà en main et j’entrepris de graver le tronc de l’arbre. Je n’avais pas appris à écrire depuis très longtemps, mais j’étais certaine que les lettres étaient les bonnes.

Pepper se redressa puis caressa l’inscription qu’elle avait faite quelques années plus tôt.
– Depuis, je n’ai plus jamais mangé de salade, avoua-t-elle. Il serait peut-être temps que je m’y remette… En plus, tu ne trouves pas que j’ai un peu grossi ?
Carrot leva les yeux au ciel en soupirant. Les femmes et leur minceur ! pensa-t-il. De plus, lui non plus n’aimait pas la salade !
Toutefois, Pepper alla tout de même en cueillir un pied avant d’enfourcher son balai.
– Viens, mon fidèle assistant ! À force de parler, il est bientôt l’heure du déjeuner. Nous n’avons peut-être pas encore trouvé de pointe Pin-d’argent, mais j’ai retrouvé goût à la salade et laissé derrière moi le passé ! Après un bon repas, nous repartirons à recherche de cet ultime ingrédient.
Carrot qui imaginait déjà son auge se remplir de délicieuses croquettes sauta bien vite sur la paille magique et scintillante.
Pepper décolla avec énergie et dans sa vivacité retrouvée, par jeu, fit deux fois le tour des branchages de l’arbre plusieurs fois centenaire faisant bruisser toutes ses feuilles avant de repartir en direction de la forêt.

Alors qu’elle s’éloignait, dans les ramures du vieux chêne, une vieille écharpe de soie bleue qui avait résisté aux outrages du temps s’était détachée et tombait mollement jusqu’à ce qu’elle atterrisse sous l’inscription du tronc.

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Souvenir d’une rencontre de Johan Herrmann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
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